Vu que leurs héros passaient chez moi, ils m'ont demandé un petit texte, elle et lui. Dont acte avec plaisir.
Ca c’est passé comme ça que j’ai
dit, brigadier. C’est l’Ugène qui m’a dit de v’nir y dire. L’Ugene y m’a dit
que sûrement c’était pas des gens comme y faut ces deux-là, des romanichels,
des gens de la villle, des étrangers en une sorte voyez brigadier. Parce que tu
me diras pas que si tu peux prendre la route de la nationale et la plaine
tandis que de venir traîner dans nos montagnes, tu le fais sauf si t’as
quelqu’chose qui te tarabine.
Ca fésait déjà un temps qu’on les
gobait, ils avançaient pas bien vite faut dire. Et pis ils se cachaient, et les
gens qui se cachent ben ça attire les curieux. Et l’Ugène c’est un curieux
comme on n’en fait plus pas un. « Agadon » qu’il me dit
« agadon » les chanterelles ou les cailles ou je sais ni quoi ni
qu’est-ce les temps normaux. Alors on y prend et on en laisse rien. Faudrait
pas gâcher.
Mais misère de champignon,
c’est-y donc que ces deux là on les a gobé, enfin ces trois là, cause qu’il y
avait un tout ch’tit belin, c’est lui qui nous a éveillé, qu’il beurlait de
temps à temps dans le bois. Je peux vous y dire brigadier, ils se cachaient
mais fi y nous voyaient pas. Et c’est là qu’on a vu qu’ils avaient vu le hameau
mon brigadier.
On les a suivi un peu. Ils ont
passé le pont de l’Ane, ils ont remonté chez Séroux, et puis du d’en-haut ils
sont arrivés devant la ferme du Bailli. Et là, crois moi crois rien, mais je
l’ai vu l’homme, je l’ai vu toucher au cul des poules. Moi mon brigadier j’suis
comme vous, je voudrais bien défendre ma patrie mais on m’a renvoyé cause que
je boîte de droite et l’Ugène de gauche.
Alors nous les seuls hommes du
village on a pas la vie bien facile, si en plus on vient nous empaumer nos
oeufs ça va sérieusement faire mique-miquain au village. Et puis bon, si on est
d'aplomb on vient demander. C’est pas qu’on y aurait dit oui, mais après il
aurait pu voler honnêtement le goniot. Et sûrement on y aurait donné du temps,
voire qu’on aurait quasiment rien dit. Mais les gens qui volent sans demander
c’est qu’ils ont la conscience pas bien propre.
C’est pour ça que l’Ugène y m’a
dit « vas-y voir le brigadier à Saint Martin » histoire qu’on
pourrait rendre service à la Patrie. Ils sont partis par le chemin des Fées,
sous Malhaut. M’est d’avis que vous devriez voir au prieuré d’Ambierle. C’est pas
que je soye rouge hein, mais des fois les curés ils sont bien complaisants.