20 mars 2007

Contes de notre enfance - refaits à neuf (4) : le loup-garou

Elle se considère parfois dans la glace, son corps, son visage. Bien sûr le temps a passé il n’empêche qu’elle peut encore faire rougir certains, mais voilà quinze ans déjà que Mathilde, la Mathilde passe les plats pour son homme quand il rentre le soir. Ce n’est pas vraiment désagréable, son homme ne fait pas la tête, il lui parle, un peu, parfois même il lui adresse un compliment. Sur la cuisine, sur elle. C’est quasiment plus qu’elle fait. Mais quand elle se considère ainsi, dans la glace, il semble que sur le tain s’inscrivent les images révolues de leurs premières nuits d’amour.

 

Et pour chaque action qu’elle entreprend, la ribambelle des souvenirs rend son geste plus lourd et plus morne, elle sent qu’elle s’est usée au bonheur et qu’il ne reste de la passion qu’une trame accablée. La soupe automatique est servie fumante à l’homme qui rentre du travail, dont le dos s’est arrondi au fil des ans. Elle le regarde parfois tandis qu’il est penché sur son assiette. On devine encore sous le pli âpre de la bouche le croc blanc, le sourire ravageur, il reste dans les yeux quelques poussières d’étoiles qui prodiguent une fluorescence moribonde, et sous le teint grisâtre de son homme, on discerne encore l’homme à la peau dorée qui semblait briller au soleil couchant.

 

Et puis elle revient de ces souvenirs de cinéma. Elle regarde par la fenêtre. Parfois la nuit tombe, parfois elle fait comme si. L’homme se lève, il laisse sur la table les reliefs du repas. Selon le jour il sort ou il reste, cela importe peu car ils sont séparés quoiqu’il en soit, il y a tant de murs dans une maison. Et puis elle préfère les jours où il sort. Comme un fait exprès il y a souvent un beau temps ces soirées là, une lune qui s’élève lumineuse et pleine, des dentelles en camaïeu de noir, les sapins qui piquent et les collines qui mamelonnent. Enfin, comme dans un rêve d’Hollywood, il y a le vent glacé qui pique les avant-bras nus.

 

C’est un pays sauvage, il faut dire. Un pays si sauvage qu’y rôdent encore des animaux plus vivants dans les songes que sur terre. Il y a sur la Butte à Pinlot un rocher plat qui met en valeur le superbe animal qui vient hurler à la lune. Un loup. Oui, un vrai loup, tout le village en frémit, Mathilde le regarde de loin, elle devine la sauvagerie, la fierté, l’haleine chaude. Un jour elle a décidé de s’approcher, comme une envie de sentir le musc. Alors elle a pris ses précautions : une cape pour combattre le froid, des bottes pour marcher en pleine campagne et un couteau pour se rassurer. Elle ne pourrait pas se défendre de toute façon.

 

 Et une nuit où elle était seule, elle s’est approchée de la Butte. Il est apparu et s’est assis, comme s’il était maître de toute chose. Alors qu’il s’apprêtait à hurler, elle est sortie de son couvert, il a sursauté et l’a considérée. Les yeux semblaient brûler de l’intérieur, ils appelaient Mathilde et elle ne résista pas longtemps. Bientôt elle caressait rugueusement le dos du fauve d’une main, l’autre pointant le couteau en avant. Il semblait que la rude fourrure soit électrisée, il semblait que les odeurs et les sons tournent, il semblait que les caresses à l’un que les coups de langue à l’autre ne pourraient jamais s’arrêter.

 

Le destin est farceur, il a voulu qu’à ce moment le coude de Mathilde bute sur le rocher et que la lame qu’elle tenait dans la main s’enfonce dans le flanc de la bête. Il n’y eut pas de cri, pas de moment suspendu, sans demander son reste le loup s’enfuit. Et la belle, pantelante, éreintée, abasourdie rejoignit sa maison. Plus seule encore qu’elle ne l’avait été.

 

Il arriva ce soir là que l’homme ne rentra pas. Il n’avait pu que se traîner jusqu’à la porte, sa main ouverte sur le battant. Il avait au côté une entaille sanglante.

Fait à la main par Biere_Bremier pour le service de 20:30 - Textes à lire - Commentaires[21] - Permalien [#]

Alors donc vous disiez ...

    criss

    f qwklwbhef nsdhu ouq bjif a

    Posté par gay, 10 mai 2011 à 16:57
  • son geste du coude, c'est un peu un loup-pet !

    Posté par Largentula, 20 mars 2007 à 21:20
  • A tous les coups, il s'est battu au bistrot avec une bande de jeunes pour une histoire de bruit de flipper (c'est vrai que c'est agaçant un flipper hein !) D'insultes en défis, un bouteille fut cassée et dans la panique qui s'en suivit, il est tombé sur le tesson (bourré comme il était).
    Les loups-garous ont bon dos hein !
    C'est très bien quand même cette histoire. Tiens, je vais allé boire un coup au bar de la Pleine Lune.

    Posté par Leu Warou, 20 mars 2007 à 21:24
  • Largentula > Une geste de la coude ?

    Leuwarou > aaaaaaaaaaaaaahwOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU

    Posté par Bière Bremier, 20 mars 2007 à 21:28
  • en général... (les histoires d'amour etc...)mince à la fin mais pourquoi? pourquoi? pourquoi?

    Posté par tiphaine, 20 mars 2007 à 22:02
  • Parce que c'est le jeu ma bonne Lucette.

    Posté par Bière Bremier, 20 mars 2007 à 23:45
  • Tain

    Comment tu viens de la plomber ma soirée là...
    Je vais me venger sur Hélène & Les Graçons, tu l'as cherché.
    Bizettes

    Posté par Mélina LOUPIA, 20 mars 2007 à 23:47
  • J'ai plombé rien du tout c'est une histoire d'amour pleine d'optimisme. Faut juste pas prendre de couteau avec soi.

    Posté par Bière Bremier, 20 mars 2007 à 23:49
  • Chut je lis

    J'apprends le générique par coeur là, m'embrouilles pas hein.
    Bizettes

    Posté par Mélina LOUPIA, 21 mars 2007 à 00:11
  • Je... euh... waouuuuh.
    Mais pourquoi, pourquoi ? (ah non, ne me reparle pas d'histoire d'amour optimiste !)

    Posté par Je rêve, 21 mars 2007 à 09:34
  • Je... euh... waouuuuh.
    Mais pourquoi, pourquoi ? (ah non, ne me reparle pas d'histoire d'amour optimiste !)

    Posté par Je rêve, 21 mars 2007 à 10:20
  • hébé

    on est peu de chose

    Posté par melle bille, 21 mars 2007 à 10:22
  • Mélina Loupia > A propos et depuis le temps, ils ont sorti un disque les garçons ?

    Bière bremier > Mais parce que ces tlejeu ma bonne Lucette !

    Mlle Bille > Moi je suis un loup quand même.

    Posté par Bière Bremier, 21 mars 2007 à 12:35
  • Tu te réponds à toi même, Bière ???

    Et pourquoi ton machin il met 2 comms, et à des heures différentes en plus, alors que je n'en ai tapé qu'un ??? Envoûté ?

    Posté par Je rêve, 21 mars 2007 à 13:21
  • Oh merde pardon. J'avais la tête ailleurs (dans mon cul). Le double c'est quand tu fais "rafraîchir" en restat sur les comentaires. C'est un défaut spécial canalblog.

    Posté par Bière Bremier, 21 mars 2007 à 13:50
  • Réponse Vitale A Question Essentielle (mais à la bourre)

    Oui, ils travaillent actuellement sur leur nouvel opus "Intros et Fins".Enfin aux dernières nouvelles, hier, privée de télé, il a dû s'en passer.
    Bizettes

    Posté par Mélina LOUPIA, 21 mars 2007 à 15:05
  • Coeur de louuuuuuuuuup !

    Elle aimait, Aff, son vilain mari.
    Il se laissait aller à faire le "miro",
    Répétant, tous les soirs, dans les bistros
    Un numéro digne du Loup de Tex Avery...

    Moralité : on est fou d'Aff, le Loup ! Il est fou, Aff, le loup !

    Posté par P-H, 21 mars 2007 à 21:23
  • quel talent d'écriture...

    nan rien d'autre.

    Posté par bliksem, 22 mars 2007 à 17:09
  • Mélin Loupia > Vivement l'album alors, que je l'achète pas.

    P-H > Loup à lunettes, loup à quéquette.

    Bliksem > Si si encore.

    Posté par Bière Bremier, 22 mars 2007 à 19:20
  • FAIM

    Ben moi qui avait une sacré faim de... ben moi le couteau il me l'a même pas coupée la faim de ...
    Averell

    Posté par vincent3m, 25 mars 2007 à 10:10
  • Je croyais avoir lu et commenté. Puis j'ai cru avoir au moins commenté. Mais finalement j'ai fais ni l'un ni l'autre, et j'ai été bien con. Du coup je me suis rattrapé.

    Posté par STV., 27 mars 2007 à 13:28

Ecrivez fort, je suis dur de l'oeil.