12 mars 2007

Au village, sans prétention.

Il est arrivé par la seule route qui mène au village, et au village, vous pouvez demander, on n’aime Julien qu’à moitié. Une moitié du village apprécie son oeil pétillant de malice, son sourire facile qui découvre légèrement ses dents. Une autre moitié le couve d’un regard noir sans trop oser rien dire attendu qu’il a le torse large et le bras plutôt noueux. Certaines soirées des femmes reviennent tard mais on n’a jamais rien pu voir, rien pu prouver, sinon le garde-chasse aurait intervenu, pour sûr, au lieu de rester à la table devant son verre de rouge en attendant que Lucienne rentre.

D’ailleurs on ne sait pas bien de quoi il vit le Julien, il reste dans son cabanon, il se nourrit de presque rien, il accepte n’importe quel travail quand il a besoin d’argent, il le fait bien, puis il ne fait rien. Il vit la vie d’artiste en quelque sorte. Enfin, Julien n’est guère fréquentable. Les saisons passent, puis les années, les hommes s’étaient dit qu’attendre rendrait Julien un peu moins beau, un peu moins aimable. Hélas le vieil adolescent à l’air canaille est devenu un superbe jeune homme, puis un mâle sûr de sa séduction et la fatalité semble vouloir qu’il devienne un homme sûr de sa maturité aux tempes grises et charmantes.

Bref, au village les femmes sont toujours aussi volages et les hommes perdent patience, assis autour des tables, taiseux et sombres. Alors ils partent un dimanche en battue. Ca n’était pas la saison, c’était plutôt celle des chanterelles, mais le garde-chasse n’était pas intervenu, il était resté à table. Ils sont revenus bredouilles, mais curieusement souriants, l’air malin. Ils ont moins bu qu’à l’habitude le soir.

On n’a retrouvé le corps que cinq jours plus tard, le ventre avait été dévoré par un renard peut-être ou un chien errant. On l’a enterré le soir même, il sentait mauvais. Bien sûr le cortège est long qui l’accompagne au cimetière, il est long et larmoyant et exclusivement féminin. Pour le banquet, seuls les hommes sont présents, et le vin coule, et les esprits s’échauffent en même temps que les rires deviennent plus bruyants. Ce soir ça va être la fête à la salope, la kermesse des putains, ce soir les mains vont voltiger sur les bonnes joues, les bonnes joues qui vont bien rougir.

En une nuit, une seule, la moitié du village a pris vengeance de quinze ans d’amertume. La nuit a été courte et douloureuse pour certaines, longue et sans rêves pour les autres. La vie normale, voilà ce qu’on pense avoir retrouvé pendant toute une semaine. Toute une semaine de femmes soumises, toute une semaine de beuveries. Mais ce n’était pas assez de posséder leur corps, il fallait Julien possède leurs rêves. Nulle ne se donne au fil de cette semaine, plus fidèle à l’amant mort qu’elles ne l’a été au mari vivant. Le samedi, les maris se sont rassemblés au bistrot, et ont envisagé les solutions. On a exclut la trépanation, mais on est tout prêt d’accepter la réclusion et puis une longue longue nuit éthylique.

Les hommes se relèvent ce matin-là et tous se rendent compte qu’aucun d’entre eux n’est rentré à la maison. Et le village est transi d’un silence étrange tandis qu’ils sortent un à un pour retrouver leurs pénates. Un voyage long et embrumé, un voyage clos par un cri étonné. Chacun ressort à nouveau sur le palier et regarde un moment la route par laquelle les femmes sont parties pendant qu’ils dormaient, la seule route qui mène hors du village.

Fait à la main par Biere_Bremier pour le service de 19:06 - Textes à lire - Commentaires[30] - Permalien [#]

Alors donc vous disiez ...

    Encore un village de salope ! non mais wo !

    Posté par Largentula, 12 mars 2007 à 20:04
  • "on n'aime Julien qu'à moitié" : j'ai eu peur que tu ne parles d'autres moitiés...

    Posté par Ardente, 12 mars 2007 à 20:42
  • Largentula > Pour le coup, il reste que le village, les salopes sont parties. Ces salopes...

    Ardente > merdmerdmerdmerde j'ai fait un jeu de mots pas exprès.

    Posté par Bière Bremier, 12 mars 2007 à 20:55
  • .. j'ai pas trouvé le jeu de mots.. ( rigolez pas!)

    Posté par Cécile, 12 mars 2007 à 21:04
  • Qui A Tué Le Pépé?

    Ca me rappelle un polar d'Exbrayat...
    Bizettes

    Posté par Mélina LOUPIA, 12 mars 2007 à 21:25
  • C'est qui ce Exbrayat ? j'vais y péter la gueule de me piquer mes textes.

    Posté par Bière Bremier, 12 mars 2007 à 21:31
  • Cécile > c'était moitié/moitié le jeu de mot. Même l'explication est ratée.

    Posté par Bière Bremier, 12 mars 2007 à 21:41
  • Exbrayat, CV

    C'est mon frère Ok?
    Il est pilier de rugby dans l'équipe rurale du coin Oké?
    Il sait boire la bière avec le nez Okay?
    Si tu le cherches, il t'empale dans sa main Okè?

    Bon, ça c'est pour la bio sommaire hein.
    Le reste, c'est perso, il a remplacé mes premiers livres de lecture, chez moi la Bibliothèque Rose, on en a fait un autodafé.

    Bizettes, et rebizettes.

    Posté par Mélina LOUPIA, 12 mars 2007 à 21:50
  • Ah ça devenait rare les textes de Bière (Pff, au lieu de nous faire son cinéma à la con !)
    Moi, ça me rappelle la légende du joueur de flûte (une belle bien légende, mon bon môssieur)
    Sinon, t'aurais dû décrire un peu plus la mise à mort de cet enfoiré de salopiau de baiseur de bellâtre, ç'eut été très jouissif et plus moral pour notre belle jeunesse (quoique que le coup du renard est bien dégeu quand même hein !) A+

    Posté par Leu Warou, 12 mars 2007 à 22:31
  • Ah non non, faut rien changer. Juste comme ça c'est très bien. Très très bien, même.

    Posté par Mimi Je rêve, 12 mars 2007 à 22:40
  • aucun jeu de mot lourdingue ne s'est glissé dans ce commentaire, non...

    ha pour mon retour un très beau texte, effectivement.
    comme leu warou ce texte me rappelle la fable du joueur de flûte de Hamelin.
    sinon une seule chose à changer : manque un "que" dans le texte...

    Posté par bliksem, 12 mars 2007 à 23:15
  • j'ai pas compris l'explication non plus...
    je vais me suicider avec un paquet de petits lu pour la peine.

    Posté par Cécile, 13 mars 2007 à 09:28
  • Bien écrit Bière, j'adore. (c'est encore un peu pour la journée de la femme ?)

    Posté par Chantal la, 13 mars 2007 à 10:24
  • Bien écrit Bière, j'adore. (c'est encore un peu pour la journée de la femme ?)

    Posté par Chantal, 13 mars 2007 à 10:25
  • Bien écrit Bière, j'adore. (c'est encore un peu pour la journée de la femme ?)

    Posté par Chantal, 13 mars 2007 à 10:25
  • Oh, sorry, je ne sais pas ce qu'il s'est passé avec ce message....

    Posté par chantal, 13 mars 2007 à 10:29
  • Oh, sorry, je ne sais pas ce qu'il s'est passé avec ce message....

    Posté par Chantal, 13 mars 2007 à 10:31
  • Voilà un très beau texte à lire. Dans l'esprit de certains contes de Maupassant. Bravo Bière.

    Posté par Nijenn, 13 mars 2007 à 11:43
  • Pour une fois, je vais complimenter velu; il ne faudrait pas grand chose pour que, très curieusement, ce texte me fasse penser à une nouvelle sud-américaine genre alejo carpentier ou gg marquez.
    D'ailleurs, ça m'y fait penser.
    C'est fou.

    Posté par melle bille, 13 mars 2007 à 16:49
  • Mélina > Tu me le présentes ?

    Leu Warou > C'est vaique c'est pas assez moral. Je vais m'y remettre.

    Mimi > Ah ben faudrait savoir.

    Cécile > Fais gaffe, le suicide on peut en mourir.

    Chantal > Merci bien hein.

    Chantal > Merci bien hein.

    Chantal > Merci bien hein.

    Chantal > C'est pas grave.

    Chantal > C'est pas grave.

    Nijenn > Merci merci merci.

    Mlle Bille > Oulala carrément comme Marquez ! Peste peste... Merci pétillante demoiselle.

    Posté par Bière Bremier, 13 mars 2007 à 18:41
  • Eh oui mon ami, que veux-tu : c'est l'injustice ! L'injustice qui veut que l'on récolte bien plus de commentaires (et bien plus vite) avec un petit texte tout pourri qu'avec des chef d'oeuvre du septième art. Tu vois c'qui se passe quand on s'applique pas hein ?

    Posté par STV., 13 mars 2007 à 21:08
  • Qu'est-ce que c'est qui est injuste ???

    Posté par Bière Bremier, 13 mars 2007 à 21:30
  • Desproges avait écrit "des femmes qui tombent" (un livre que je révère)
    Bière nous cisèle "des femmes qui s'évadent"...

    Posté par P-H, 13 mars 2007 à 21:49
  • Chantal, elle essaie de parler pour toutes les femmes du village?

    (Le texte, là. C'est bien biau.)

    Posté par Ludovic, 14 mars 2007 à 12:47
  • Eh oui Ludovic, tu ne le sais pas encore, mais dans le village voisin il y a Jean-Luc....
    Tu sais bien que les femmes ont toujours le dernier mot!

    Posté par Chantal, 14 mars 2007 à 14:29
  • Ah, c'est vrai que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu d'aussi belle lecture par ici !
    Disons que ça valait le coup d'attendre.

    Posté par myrtille, 14 mars 2007 à 16:52
  • c'est maintenant que tu me previens?

    Posté par Cécile, 14 mars 2007 à 18:52
  • Ludovic > Merci bien.

    Chantal > Jean Luc ? Mais qu'est-ce que c'est que ce prénom (celui de ton mari ? oh zut)?

    Myrtille > Moi aussi j'ai atendu longtemps. Et en plus il a fallu que je l'écrive.

    Cécile > Hopopop. Qui c'est qui a eu la primeur ?

    Posté par Bière Bremier, 14 mars 2007 à 19:04
  • Bière > ah, tu sais que j'ai la fantaisie débordante...

    Posté par Chantal, 15 mars 2007 à 10:16
  • Ouais

    bien fait pour tous ces enculés !!

    Posté par Marieseraphine, 17 mars 2007 à 17:03

Ecrivez fort, je suis dur de l'oeil.